« Il n’y a pas d’action possible chez un être vivant sans une «passion» correspondante, attentive à toutes les informations qui peuvent servir le but de l’action, tout être vivant est doté d’une organisation
temporelle conaturelle à son existence, si bien qu’on pourrait dire de lui qu’il connaît le temps avant même d’ouvrir les organes de sa sensibilité sur le monde extérieur.
De cette connaissance sourde il arrive que nous prenions conscience, bien que cette prise de conscience ne soit pas normalement nécessaire. Pourvu d’une régulation temporelle naturelle, en effet, l’être vivant se prête à des modulations de cette régulation stimulées par le monde extérieur, sans qu’il ait lui-même à y réfléchir au sens conscient du terme. » Le temps de l’action, Hervé Barreau

 

« Les jours sans évènement se distinguent les uns des autres par la luminosité changeante de la baie. L'océan prend possession du temps. » Lettre à l’océan, Anne-José Lemonnier

Originaire de l’île de Sein, au large de la pointe du Raz, j’ai toujours baigné dans les éléments tels que le vent, les marées, la pluie parfois, le tout dans d’impressionnantes tempêtes, ou au contraire, dans un calme surprenant.

 

« Sables originels où ne se lit plus que l'impression des vagues, cette pure étendue replace l'homme chaque jour dans l'esprit de commencement du monde. »
« (…), nous vivions au plus près des mouettes qui ont pour foyer le vent, le sel, les vagues. »
« La terre contrainte au temps, à la lenteur de mûrissements jamais définitifs, s'agenouille et confie sa patience à la mer douée d'une inaltérable maturité, la mer intemporelle, magnifique en toute saison. »
« L'île du temps rétrécissait, reprise par l'inexorable océan. »
« Dans la soirée, les nuages ont fondu comme par miracle malgré l'absence de vent, et le ciel en quelques minutes s'est dégagé, bleuissant la mer.(…). Un accord résonnait alors dont l'homme et l'univers sont rarement capables. »
« Je me remets au mouvement de la mer et du ciel qui, plus qu'un spectacle, offre un rythme intérieur. Ce n'est pas seulement un pays qu'on voit avec ses yeux, c'est un pays qu'on porte dans son corps, (…) »
A.J. Lemonnier

 

Le temps passe......Le mouvement et les transformations en témoignent.
Le temps, de même que l’espace, appartient à l’Univers, c’est à dire à l’ensemble des choses coexistantes qui évoluent continuellement et sont comme des nomades, analogues à des âmes.
En désaccord avec les rythmes réguliers, plus proche d’un temps émotionnel, lié aux aléas du temps météorologique, qui transforme la lumière du jour, la surface de l’océan et par là même notre perception du temps, chaque jour est différent à sa façon...
...Comme l’expression d’une humeur particulière qui m’attire parcequ’elle m’échappe. Le Temps Universel (TU), trop prévisible à mon sens, empêche de vivre pleinement les choses : il morcelle, divise notre emploi du temps en heures, minutes, secondes, etc...

Mettre en valeur et donner à voir quelque chose qui évolue au jour le jour est pour moi une façon de sortir d’une routine dictée par les conditions de vie actuelle (rythmes industriels notamment). Mon but est de faire parler les éléments météorologiques pour garder la trace visible d’une évolution.
Mon objectif n’est pas la mesure de ces éléments mais bien la recherche d’un mouvement, d’un déplacement non répétitif pour casser cette routine parfois ennuyeuse.
« Le temps est invention ou il n’est rien du tout »
Bergson

Chaque instant apporte sa nouveauté, en rupture avec la conception cyclique du temps.

« Chacun fait aisément la distinction entre le temps du travail, qui n’appartient à personne, et le temps de loisir, qui appartient à soi. Mais l’existence de sportifs professionnels comme d’artistes professionnels montre qu’ils ont, eux aussi, à compter avec les obligations de la compétition, qui exige une adaptation à des rythmes différents de ceux où ils excellent. C’est sans doute parce que ces derniers rythmes, qui sont sociaux, s’imposent à toute profession, que le temps apparaît hostile à la plupart des individus surmenés et victimes de “stress”, tandis qu’il est désespérément vide pour l’individu en quête d’un emploi. »
Hervé Barreau

 

Un même instant peut paraître furtif comme sembler durer une éternité.


« L’un dit : “il y a deux heures.” L’autre dit : “il n’y a que trois quart d’heure.” Je regarde ma montre, et je dis à l’un : “vous vous ennuyez” et à l’autre : “le temps ne vous dure guère; car il y a une heure et demie.” Et je me moque de ceux qui me disent que le temps me dure à moi et que j’en juge par fantaisie ; ils ne savent pas que je juge par ma montre. » Pensées Blaise Pascal


« Il est clair que les notions de valeur-travail et de productivité dépendent de la mesure du temps, laquelle permet de réguler la marche des machines et d’asservir le travail humain non seulement à des horaires fixes mais à des rythmes mécaniques. (…). Il semble même que l’homme aît d’autant plus cherché à développer sa maîtrise devenue prodigieuse dans la mesure du temps, qu’il était obligé de constater que l’étoffe du temps lui échappait presque totalement. »
Le temps de la représentation du monde, Hervé barreau

« Le monde objectif tout simplement est ; il n’advient pas. C’est seulement au regard de ma conscience, avançant en rampant le long de la ligne d’univers de mon corps, qu’une section de ce monde vient à la vie dans l’espace comme une image fugace, qui change continuellement dans le temps.» Herman Weil

 

  • Bibliographie :
    Que sais-je? / LE TEMPS par Hervé Barreau
    Que sais-je? / LE RÊVE BIOTECHNOLOGIQUE par Lucien Sfez
    LE SYSTÈME DES OBJETS de Jean Baudrillard
    DU BON USAGE DE LA LENTEUR par Pierre Sansot
    LETTRE À L’OCÉAN de Anne-José Lemonnier
    QUASI OBJETS par José Saramago
    TRISTES TROPIQUES de Claude Levis-Strauss
    L’IDÉE DE NATURE DANS L’ART COTEMPORAIN de Colette Garraud
  • Filmographie
    PI (du réalisateur de réquiem for a dream : Darren Aronofsky)

    Romain Le Gall/ D.N.S.E.P. 2002/ option design/ E.R.B.A.N.

« A ceux pour qui le but de la marche est tout simplement de marcher, selon un sens aussi insaisissable que l’eau, dans la ronde des marées, des saisons. Le temps le mieux possédé est celui offert pour rien, au furtif tracé de la minute qui rampe sur les nuages et disparaît. »
A.J. Lemonnier